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La Grande Guerre


J’y étais!

J’y étais!
Un peintre dans la Grande Guerre



ISBN : 2-910536-64-5 00022
Illustration(s)  : 10
Format du livre  : 15 x 21 cm
Reliure  : Broché
Nombre de pages  : 304


Peintre, graveur et illustrateur, Jean Veber (1864-1928) est connu comme l’un des plus talentueux et virulents caricaturistes de L'Assiette au beurre. Mais sa célébrité artistique aura peut-être maintenu dans l’ombre une personnalité hors du commun, dont les lettres de guerre réunies ici témoignent. 

En 1914, Jean Veber a 50 ans. Son âge, sa notoriété, ses relations pourraient le dispenser de revêtir l’uniforme. Il pourrait aussi, comme tant d’autres, rejoindre la phalange des propagandistes planqués. Il n’y songe pas un instant. Fervent patriote mû par un profond sentiment de solidarité nationale et populaire, il remue au contraire ciel et terre pour s’engager et se faire affecter dans une unité combattante. Son courage, sa fermeté et son abnégation au feu lui vaudront des citations prestigieuses, l’admiration de ses chefs, et des galons qu’il n’a jamais recherchés. 
Au début, le commandement préférera employer son expérience d’« ancien » à des tâches plus obscures en apparence, mais d’une importance capitale : la formation, à quelques lieues de la ligne de front, des jeunes classes. Jean Veber s’y consacrera avec une passion, une conviction et aussi une tendresse dont sont empreintes les lettres qu’il écrit à sa femme. 
Beaucoup de témoignages de l’époque évoquent le quotidien des Poilus en 14-18.Très peu donnent une idée exacte de cette période clé que fut, pour tout soldat, l’apprentissage de la guerre. Ces textes réparent une lacune. Ils ont aussi pour prix de nous montrer l’extraordinaire diversité du peuple français : Jean Veber a le don de camper en quelques mots ceux qu’il appelle affectueusement ses « petits soldats » : « Chaque homme est un roman vivant », écrit-il, et c’est bien le roman du peuple français, du paysan taciturne au gars de Belleville à l’esprit délié, en passant par l’acrobate de l’Alhambra ou le cuisinier corse, que racontent les lettres de Jean Veber. Certains épisodes sont même singulièrement émouvants, par exemple quand ses « soldats-enfants » le supplient de les accompagner au front ou lorsqu’il passe la nuit avec eux : « Devant le feu, assis tous en cercle, je leur raconte des histoires. » 
Mais le soldat n’a pas pour autant effacé l’artiste : même s’il considère que « toute manifestation d’art en ce moment paraît déplacée », Jean Veber parle aussi métier. Il lit La Bruyère au hasard d’un bouquin déchiré trouvé dans les décombres d’une maison, il écoute son ami Reynaldo Hahn, le charmant compositeur de Ciboulette, lui aussi sous les drapeaux, jouer du piano entre deux alertes pour quelques instants de bonheur pur… C’est toutefois dans l’écriture même des lettres de Jean Veber que la sensibilité du grand artiste reparaît, dans la vivacité et la concision du portrait, ou dans le rendu subtil d’une atmosphère. Regarde-t-il ses « petits bleus » courir dans la campagne qu’il écrit : « Il me semble vivre ici dans un tableau de Watteau. » Et lorsque se déchaînent les canons, il a cette formule saisissante, digne d’un Montherlant ou d’un Jünger : « On dirait une formidable usine où se forgent sans arrêt les chaînes de toute une race. » Il y a enfin, dans cette correspondance, quelque chose qui ne manquera pas de toucher le lecteur d’aujourd’hui : les lettres de Jean Veber à son épouse sont aussi des lettres d’amour, toutes de délicatesse et de pudeur. Elles sont l’expression de la beauté et de la pérennité de l’amour conjugal, et de la force du lien familial à l’épreuve de l’immense tragédie que fut la Première Guerre mondiale.

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